
Le revenge porn, un phénomène social et moderne à combattre
Le revenge porn est le fait de publier ou montrer des photos ou vidéos ou tout autre contenu intime d’une personne, le plus souvent d’un•e ex, sans son consentement. Ce phénomène social en plein essor touche bon nombre de personnes aujourd’hui. Selon une enquête, près d’un homme sur 4 entre 15 et 34 ans aurait déjà, de près ou de loin, eu recours à ce type de pratique.
Sommaire
Qu'est-ce que le revenge porn ?
Du courrier amoureux au sexting
Le revenge porn (ou pornodivulgation) est un contenu sexuellement explicite publiquement partagé en ligne sans le consentement de la ou des personnes concernées en guise de « vengeance ». Avec l’appui des nouvelles technologies de communication, ce phénomène a pris de l’ampleur. L’avènement des réseaux sociaux comme Facebook, TikTok, Instagram et Snapchat aidant. Les photos, les vidéos sont partagées partout dans le monde quasi instantanément entre les utilisateurices. Les barrières entre l’intime et le publique s’affinent, se délitent.
Autrefois, ce sont les relations épistolaires qui primaient. Bien sûr, les lettres pouvaient tomber dans les mains de n’importe qui. Le courrier amoureux a été remplacé par le sexting, une nouvelle forme de communication qui permet l’échange de textes, photos ou encore vidéos sexuellement explicites ou suggestives. Ce type d’échange est positif dans les relations saines où le consentement et l’intimité sont respectés. Mais cette habitude de consommation numérique fait oublier que tout ce qui est envoyé via un smartphone peut être conservé et réutilisé. Et parfois, une publication anodine ou un sexting dérapent. Les contenus peuvent être envoyés à d’autres ou pire, ils sont publiés sans consentement sur des sites pornos.
Une enquête montre des chiffres effrayants
L’enquête IFOP réalisée en 2023 est claire. Sur un échantillon de 990 personnes âgées de 15 à 34 ans, les résultats montrent que 40% des hommes interrogés ont déjà dénigré leur ex pour nuire à sa réputation sur les réseaux sociaux. C’est 14% chez les femmes. Plus effrayant encore, près de 4 hommes sur 10 (38%) ont déjà envoyé des contenus intimes de leur ex à d’autres personnes. Chez les femmes, 14% reconnaissent avoir eu ce même comportement.
Crise de confiance
Il n’est pas nouveau d’échanger sur la sexualité autrement que dans un espace physique privé et en présence de l’autre. Au lieu de coder nos messages comme nous pouvions coder nos lettres, nous supposons que nos mots de passe suffisent à protéger nos échanges. Cependant, au-delà des protections mises en place, il y a une confiance forte à avoir envers les autres utilisateurices au respect de notre intimité. On ne peut oublier le côté humain des échanges et la confiance que nous plaçons en leur discrétion ou leur silence. Même si nous partageons pour et avec les autres, nous choisissons encore avec qui nous le faisons. Le revenge porn est le révélateur d’une confiance pouvant être brisée à tout moment.

Les motivations de l'agresseur
La définition sociale, populaire du revenge porn est celle de la vengeance de l’ex conjoint·e. Par jalousie, iel va publier des images et/ou vidéos intimes de l’ex sur internet dans une situation de rupture au sein du couple hétéro.
Tout d’abord, c’est réducteur. Le couple homosexuel peut lui aussi être concerné et le revenge porn n’a pas nécessairement lieu dans un contexte de fin de relation. Cela induit aussi qu’il y a deux personnes au centre de la pratique. Alors qu’un contenu intime se retrouve à disposition de nombreuses personnes qui peuvent interagir et prolonger la chaîne du harcèlement.
Les motivations du revenge porn sont extrêmement variées. Il ne s’agit pas exclusivement de « vengeance » car l’idée revient à invisibiliser bon nombre d’agresseurs et de victimes. Le harcèlement, le chantage, l’humour, le buzz ou l’orgueil sont aussi à prendre en compte. Le phénomène est une violence bien réelle, les conséquences aussi.

Les conséquences pour les victimes
Le revenge porn s’inscrit dans un contexte de violences sexistes. Le but est de punir les femmes de ne pas respecter les normes mises en place pour elles. Les femmes sont alors stigmatisées ce qui les empêche d’être reconnues comme victimes. Elles deviennent responsables. Le soutien est quasi inexistant, la victime doit faire valoir ses droits par elle-même alors que l’agresseur de son côté n’est que peu ou pas inquiété.
Les nouvelles technologies entraînent une rediffusion infinie des contenus ou les images peuvent rester « dormantes » avant de ressurgir des années plus tard. Il est possible également que les images ne soient pas sur une plateforme unique. Elles peuvent être montrées à plusieurs personnes sans que la victime en ait conscience.
Les conséquences à long terme ont des formes très variées allant de la honte, l’embarras, la perte de travail, l’abus d’alcool, la dépression ou un stress post-traumatique. La diffusion d’images intimes fait des dégâts. Le revenge porn est une violence qui ne peut être dissociée de violences à l’égard des femmes. Les impacts sont multiples selon les situations, les personnes, mais jamais anodines et encore moins de la responsabilité de la victime.

La prise en compte juridique
Face à l’accumulation des cas de cyberharcèlement, la justice s’empare de la question en 2016. C’est tard certes mais les sanctions sont lourdes puisque le fait de relayer des photos, vidéos ou discussions à caractère sexuel est puni de 2 ans d’emprisonnement et 60 000 euros d’amende.
Même si la victime a donné son consentement à l’enregistrement initial des différents contenus. Seule la diffusion sur internet ou sur les réseaux sociaux sans le consentement suffit : « Lorsque les délits prévus aux articles 226-1 et 226-2 portent sur des paroles ou des images présentant un caractère sexuel prises dans un lieu public ou privé, les peines sont portées à deux ans d’emprisonnement et à 60 000 € d’amende. Est puni des mêmes peines le fait, en l’absence d’accord de la personne pour la diffusion, de porter à la connaissance du public ou d’un tiers tout enregistrement ou tout document portant sur des paroles ou des images présentant un caractère sexuel, obtenu, avec le consentement exprès ou présumé de la personne ou par elle-même, à l’aide de l’un des actes prévus à l’article 226-1.».
Que faire si vous êtes victime / témoin de revenge porn ou de cyberharcèlement ?
Pour contrer l’apparition d’images, vidéos ou tout autre contenu intime sans votre consentement. Que vous soyez victime ou témoin :
- Faites une capture d’écran pour matérialiser le délit et rendez-vous dans le commissariat ou la brigade de gendarmerie la plus proche de chez vous pour déposer plainte ;
- Signalez les contenus aux plateformes concernées ;
- Le 3018, numéro national contre les violences numériques est là pour vous accompagner et vous conseiller dans vos démarches ou sur 3018.fr ;
- Signaler le profil des personnes malveillantes sur PHAROS, le portail officiel de signalement des contenus illicites sur internet ;
- Vous pouvez appeler le 0 800 200 000. Les professionnels en ligne sont en contact direct avec les réseaux sociaux concernés. Ainsi, le contenu peut être supprimé en une heure ;
- Le portail de signalement dédié à la lutte contre la diffusion non consensuelle de contenus intimes Disruptaccessible gratuitement : https://www.pointdecontact.net/disrupt/.

Et enfin, parlez-en ! N’oubliez jamais que le coupable est celui qui partage les contenus.