
Qu'est-ce que la non-binarité ? Interview avec Pollux
Vous vous posez des questions sur la non-binarité ? Pour vous aider à mieux cerner le sujet, nous avons eu le plaisir de recueillir les témoignages de Pollux, une personne non binaire, qui nous raconte son histoire et nous parle de cette identité de genre !
Sommaire
La non-binarité, c'est quoi ?
Pour commencer Pollux, quels sont les pronoms que tu utilises ? Et comment peux-tu expliquer le choix des prénoms à qui ne connaissent pas forcément la non-binarité ?
J’utilise le pronom iel. Le changement de prénom chez les personnes non binaires est un acte qui peut revêtir une grande importance. Il permet à la personne de s’aligner avec son identité de genre. Le changement de prénom nous permet de nous affirmer dans nos identités. Il reflète cette non-conformité aux rôles de genre traditionnels.
Cela peut aussi être un moyen de se sentir plus en accord avec soi-même et de réduire la dysphorie de genre. C’est le malaise éprouvé lorsqu’il y a une discordance entre l’identité de genre vécue et le sexe/genre assigné à la naissance.
C’est quoi pour toi la non-binarité ?
La non-binarité pour moi désigne une identité de genre qui ne se conforme pas aux catégories traditionnelles d’“homme” ou “femme”. Les personnes non binaires peuvent se percevoir de beaucoup de manières. Elles peuvent se chercher d’une autre façon que dans le spectre binaire.
Le terme englobe une grande variété d’expressions de genre. Il peut être fluide, changeant au fil du temps ou stable selon les personnes.
La non-binarité remet en question l’idée que le genre est strictement binaire. Elle offre une plus grande diversité dans la façon dont les individus peuvent s’identifier.
Comment a évolué ton parcours de découverte et acceptation de toi ?
Je pense n’avoir jamais été à l’aise avec le fait d’être un homme. Pour moi, cela a été une question de déconstruction personnelle que j’ai fait, via mon travail et mon entourage. J’ai rencontré plusieurs personnes non-binaires avec qui j’ai pu partager pas mal de choses. Mais je ne pense pas avoir eu de référence.
J’ai la chance de travailler et de vivre dans un milieu queer, où j’évolue dans un environnement qui me comprend et m’accepte. Pour ma famille, c’est un peu plus compliqué. Je n’en parle pas vraiment par peur qu’ils ne comprennent pas ou n’acceptent pas.
Au-delà de ça, personnellement, je vis très bien ma non-binarité. Même si je traverse souvent des phases de doute et d’énormes remises en question sur qui je suis, à quoi je dois ressembler. Est-ce mon choix ou celui de la société, etc. ?
La non-binarité est souvent associée à l’androgynie. Qu'est-ce que tu penses de l'idée “Non binaire n’a pas un aspect particulier” ?
L’androgynie est une vision culturelle et sociétale basée sur l’apparence physique. Beaucoup de personnes peuvent être qualifiées d’androgyne sans pour autant s’identifier, d’un point de vue identitaire ou culturel aux questions de genre.
L’androgynie est un concept complètement différent ! Les personnes non-binaires peuvent avoir des profils variés et des physiques pouvant être associés à des apparences binaires d’un point de vue sociétal. Les personnes non-binaires ne doivent pas aux personnes cis d’être androgyne !
Est-ce que tu as fait un coming out avec ton entourage ? Si oui, comment s’est-il passé ?
Mon coming out non-binaire s’est bien passé auprès de ma copine et de mes amis, même si j’étais extrêmement stressé.e par peur de ne pas être compris.e. Mais ils ont toute.s été incroyables.
Pour ma famille, j’ai réussi à en parler à mes sœurs très facilement, car nous sommes très proches. En revanche, pour mes parents, c’est plus compliqué. Je ne souhaite pas vraiment leur en parler.

Non-binarité : parlons société et visibilité de la communauté
Au niveau social, quelles sont les mesures qu’on peut mettre en pratique pour créer un monde qui ne se base pas que sur la binarité de genre ?
Beaucoup plus en parler et déconstruire collectivement les stéréotypes de genre, déconstruire ce que l’on associe à la féminité et à la masculinité. Être politiquement et juridiquement reconnu comme personne non-binaire serait un bon début. Après, on pourrait parler plus Iongtemps de plein de petites choses du quotidien, comme l’utilisation du pronom « iel”, de pas genrer les personnes dans les magasins, etc.
Est-ce qu’à partir de ton expérience personnelle tu as été témoin des préjugés ou des stigmatisations liés à l'identité non binaire ? Comment y as-tu fait face ?
Oui, j’ai été victime de nombreuses insultes et de harcèlement sur les réseaux sociaux, allant de simples insultes à des menaces de mort. Cela allait du basique « moi je me sens hélicoptère » à des citations de la Bible où l’on souhaitait ma mort, des gifs de lance-flammes ou des menaces plus directes. Toutes ces insultes venaient exclusivement d’hommes cisgenres.
Ça a été très dur. Mais j’ai réussi à passer outre grâce à mes proches et en triant ces messages pour garder un espace sûr sur mes réseaux.
Est-ce qu’il y a quelque chose que tu voudrais dire à notre communauté et que tout le monde devrait savoir sur la non-binarité ?
N’hésitez pas à poser des questions si la personne est ouverte pour en parler. Chaque personne non-binaire a des besoins complètement différents, il n’y a pas d’image fixe sur la non-binarité.
Quels conseils donnerais-tu à quelqu'un qui se pose des questions sur sa propre identité non binaire et qui a besoin de soutien ?
N’aie pas peur d’en parler et d’exprimer ce que tu ressens. Tu mérites que l’on respecte ton identité et ton ressenti. N’écoute pas la société, jamais.
Ne prends que les remarques positives. Tu es une personne magnifique !

Nous remercions à nouveau Pollux d’avoir pris le temps de répondre à nos questions sur la non-binarité ! Nous espérons que cette interview pourra vous guider si vous êtes dans un moment de remise en question. Ou bien si vous aviez des questions sur les personnes non binaires, pour mieux comprendre cette identité. Et, comme l’a dit Pollux, rappelez-vous que vous n’êtes pas seul·e·s et que vous êtes des personnes merveilleuses !